Cet historique de l'Ordre Martiniste Initiatique (O.M.I.) et du martinisme constitue la plaquette réalisée, en 1994/95, par l'Ordre Martiniste Initiatique, à destination de ses membres et d'un public martiniste ou qui serait intéressé par le martinisme.

Le texte, de 36 pages, cest émaillé de très nombreuses illustrations, dessins, photographies de martinistes, des décors martinistes et maçonniques (R.E.R.), de manuscrits divers. Nous avons pris le parti de ne pas les publier afin de privilégier le texte. La présence de ces illustrations n'est que décorative, mis à part le tableau concernant "Ordre Martiniste Initiatique : structure et progression". Tableau que nous nous proposons d'étudier en détails plus tard.

Il est essentiel, afin de mieux pénétrer ce texte, de le replacer dans le contexte de l'époque. Depuis 1984, Gérard Kloppel (Signifer) avait la grande Maîtrise Mondiale de l'Ordre Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm (Filiation Ambelain), et celle de l'Ordre Martiniste Initiatique, soit les quatre premiers degrés et le Souverain Sanctuaire des Chevaliers de Palestine, sur lequel nous reviendrons ultérieurement. En mars 1994 il cèdera la grande maîtrise de l'O.M.I. à Richard Gaillard. Par la suite l'O.M.I. se fourvoiera dans des luttes intestines, subissant les influences des uns et des autres pour finir par s'endormir totalement sous la grande maîtrise de Catherine Cail.

Ce document est nullement polémiste, mais il souhaite se placer dans une perspective historique. Voici donc le texte publié en feuilletons.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture.

 

 

 

L'ORDRE MARTINISTE INITIATIQUE ET LE MARTINISME

HISTORIQUE ET FILIATION

Nous adressons nos plus vifs remerciements à Robert AMADOU pour la contribution qu'il a apportée à cet historique en l'enrichissant des avis et suggestions autorisés par la connaissance approfondie qu'il a de ce grand sujet.

 

L'ORDRE MARTINISTE INITIATIQUE ET LE MARTINISME

HISTORIQUE ET FILIATION

Préambule

Situé entre la Maçonnerie Traditionnelle et des Sociétés ésotériques plus fermées, l'Ordre Martiniste Initiatique porte en son sein des filiations séculaires permettant à ceux qui en ont emprunté la Voie, et pour autant qu'ils consentent aux efforts nécessaires, de parvenir à des degrés de réalisation spirituelle avancés.

J'ai dit quelque fois à Dieu : « Combat contre moi comme Jacob contre l'Ange, jusqu'à ce que je t'ai béni. » Louis-Claude de Saint-Martin.

La consonance proche des noms des pères fondateurs (Martinez de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin) n'a pas contribué, au fil des années, à rendre plus claires les idées que l'on pouvait avoir sur le Martinisme. Nombre d'entre-nous appellent encore Martinisme, des systèmes Initiatiques qui, s'ils ne sont pas totalement étrangers les uns des autres, s'ils sont apparus à la même époque, n'en recouvrent pas moins des réalités initiatiques différentes.

Certes, ces « courants Martinistes » s'appuient à leur source sur trois colonnes, trois Adeptes de haut niveau, contemporains les uns des autres, qui ont dominé l'histoire initiatique de leur temps et écrit les plus belles pages de l'Illuminisme du 18e siècle ; il s'agit de Martinez de Pasqually (le Père fondateur), Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, ses deux principaux disciples.

Près d'un siècle plus tard, plus près de nous, faisant face aux ravages du matérialisme et de la science positive, un homme hors du commun, le Dr Gérard Encausse, bâtisseur né, va réactiver, dans des conditions historiques et initiatiques discutées, les flambeaux de la veine Martiniste sommeillante (cf. infra).

Se perpétuant par-delà les aléas de l'histoire à travers les expressions diverses qu'il a empruntées, le Martinisme constitue encore de nos jours, par ses enseignements théoriques et pratiques, une Ecole de Vie pour « les Hommes de Désir ». C'est pourquoi il a paru nécessaire d'évoquer, même brièvement son Passé et son Présent, et de suggérer enfin son possible Avenir.

C'est l'objet du présent historique qui abordera successivement :

Les principales composantes initiales du Martinisme L'histoire et les filiations du Martinisme Russe :

  • Le Martinisme en France (esquisse)
  • L'Ordre Martinisme Initiatique et la filiation Russe


LES PRINCIPALES COMPOSANTES INITIALES DU MARTINISME

1) Martinez de Pasqually et le Martinézisme

Comme il a été dit plus haut, au commencement, se trouve un homme énigmatique dont la personnalité et la vie, qui font l'objet d'approfondissements dans les enseignements de notre Ordre, vont fortement marquer son époque sur le plan initiatique. Cet homme, c'est Martinez de Pasqually. Sa naissance et sa mort restent, pour beaucoup d'historiens, des énigmes encore mal résolues. Martinez de Pasqually est à la fois l'auteur :

  • d'un système spéculatif (le «Traité de la Réintégration des Etres», malheureusement resté inachevé) répondant aux interrogations essentielles de l'Homme sur son origine, le sens de sa présence en ce bas monde et sa destinée.
  • d'un système opératif à base théurgique donnant les clés permettant à l'homme de se libérer des chaînes qui l'assujettissent ici-bas, l'ensemble de la voie ainsi proposée étant plus connu sous le nom de Martinézisme (ce terme étant un néologisme papusien).

Martinez de Pasqually s'inscrira dans le courant Maçonnique de son époque, sur lequel il greffera son système, qui lui servira de vivier pour le choix de ses « Elus-Cohens », Sacerdotes de haut niveau, chargés d'opérer « le Culte » immémorial de la réconciliation entre l'Homme déchu et la Divinité.

2) Louis-Claude de Saint-Martin et le Martinisme

Mais le Martinisme désigne également la Voie offerte par le Philosophe Inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin, disciple et secrétaire de Martinez de Pasqually auquel il vouera, jusqu'à sa mort, un indéfectible respect.

Le système de Louis-Claude de Saint-Martin dont le Maître posthume, après Martinez de Pasqually, fut Jacob Boehme, est plus connu sous le vocable d'Illuminisme Théosophique.

Familier de la voie opérative de Martinez de Pasqually, il s'en écartera progressivement au profit d'une voie intérieure plus directe et plus dépouillée, appelée aussi voie cardiaque, sorte de cœur à cœur entre l'Homme de Désir et la Divinité.

La contribution littéraire et philosophique de Louis-Claude de Saint-Martin est importante (voir le Cahier d'Ordre consacré à Louis-Claude de Saint-Martin).

Elle se démarque, par le contenu et le style, du Traité de la Réintégration, difficile à lire. Sorte de préromantique, Louis-Claude de Saint-Martin laisse, par l'originalité de sa Quête, la poésie et la profondeur de ses propos, l'image androgynale d'un Etre vivant à la charnière de deux mondes et qui s'efforçait de demeurer parmi les hommes de son temps pour leur montrer la Voie.

3) Jean-Baptiste Willermoz, le Rite Ecossais Rectifié, les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

 Complétant cette trilogie d'hommes exceptionnels à la fois témoins de leur temps et hors du temps, il nous faut citer Jean-Baptiste Willermoz, disciple de Martinez de Pasqually qui, à l'issue du Convent de Wilhemsbad (1782), va rectifier la Stricte Observance

Templière et fonder le Rite Ecossais Rectifié, au sommet duquel il placera les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (CBCS) et les classes secrètes de Profès et Grand Profès.

Jean-Baptiste Willermoz intègre à ce niveau des éléments théoriques de la Théurgie Cohen, étant lui même Elu-Cohen et Réau+Croix.

Ayant des personnalités très différentes, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin, liés un temps par le même Maître, divergeront par la suite au sujet, notamment, de la Maçonnerie.

Prenant racine dans celle-ci comme organisation et situant ses sources initiatiques à un haut niveau, le Rite Ecossais Rectifié restera (et reste de nos jours) une organisation initiatique, « Martiniste par élargissement », placée à la charnière de deux mondes, exotérique et ésotérique. La valeur spirituelle et initiatique du Rite Ecossais Rectifié, se basant sur les principes de la Chevalerie et de la Bienfaisance, répond aux hautes aspirations de l'âme, laquelle a toujours eu sa place entre le Corps et l'Esprit.

Quoiqu'il soit toujours délicat de parler du « Père », et probablement encore plus difficile de le situer vraiment, nous ne pouvons résister au désir, après avoir parlé de cette trilogie prestigieuse, de considérer Martinez de Pasqually comme le corps, Jean- Baptiste Willermoz comme l'âme, et Louis-Claude de Saint-Martin comme l'Esprit de ce « Grand Etre Martiniste » aux composantes à la fois différentes et complémentaires. Cette version des faits a au moins le mérite de rassembler ce qui est épars et peut éclairer d'un jour nouveau le sens de l'illuminisme du 18e siècle et ses importantes répercussions ésotériques sur le rôle de certaines sociétés initiatiques de nos jours.

4) Papus et le Martinisme Papusien

Enfin, on entend également par Martinisme, le mouvement fondé par le Dr Gérard Encausse (Papus), à la fin du 19e siècle, et qui prit ultérieurement la dénomination de « Martinisme Papusien ». Selon Papus lui-même, l'Ordre a vu le jour entre 1887 et 1888, période au cours de laquelle il donna ses premières instructions.

La réalité de la filiation Martiniste de Papus a fait l'objet de bien des discours, lui qui disait avoir reçu de son Initiateur Martiniste « deux lettres et quelques points ». Papus, excellent organisateur, travailleur inlassable, écrivain prolixe, celui que l'on a appelé le « Balzac de l'occultisme » va réactiver les flambeaux du Martinisme endormi dans une période cruciale où la France succombe aux démons du matérialisme.

En Adepte averti, il suscitera à son tour cette Chevalerie de 1'Ame, préparant ses membres aux épreuves si douloureuses que devait connaître le début du 20e siècle.

Le Martinisme Papusien est encore actif de nos jours. Il s'inspira jadis du Martinisme de Louis-Claude de Saint-Martin.

Il reste, cependant, que les rituels utilisés et les références symboliques dont il se servit et qui furent définitivement « fixés » par Teder sous l'impulsion de Blitz, sont étrangers à ce que nous ont légué nos prestigieux fondateurs et, notamment, Martinez de Pasqually. Pour notre part, évitant de conclure définitivement, nous considérons, comme probable, la filiation en provenance de Louis-Claude de Saint-Martin dont se réclamait Papus tout autant qu'Augustin Chaboseau (« Deux lettres et quelques points »), cette unique Initiation au grade de S.I. qu'il donnait en une seule fois.

Nous ajouterons :... même si dans la chaîne initiatique allant de Saint-Martin à Papus, un nom manque entre Antoine Chaptal et Henri Delage, son petit-fils, et si des doutes subsistent (à propos des initiations reçues par Augustin Chaboseau) sur les capacités réelles qu'avait Amélie de Boisse-Mortemart, initiée par Desbarolles, à initier réellement son cousin.

Les sources du Martinisme ayant été examinées, il nous reste maintenant, dans les lignes qui suivent, à rechercher les points d'ancrage ayant fondé le Martinisme Russe dont la filiation a été déposée au sein de l'Ordre Martiniste Initiatique.

Aucun historien sérieux ne niera, en effet, que Papus, lors de son voyage en Russie, ait découvert l'existence d'un courant Martiniste structuré, antérieur à la création de son Ordre.

 

... A Suivre...