Dans l'esprit de notre restauration voulue par Signifer, de ce rassemblement des deux grands courants du Martinisme, "Oriental" et "Occidental", nous souhaitons signifier que nous adhérons pleinement à cette Charte.
 Nous remercions le C.I.R.E.M. de cette heureuse initiative.

Le Suprême Conseil International de l'Ordre Martiniste des Rites Unis.
7 Mars 2010.


Ce document a été établi par le Centre International de Recherches et d'Etudes Martinistes (C.I.R.E.M.) à l'occasion du bicentenaire de la mort de Louis-Claude de Saint-Martin.

Sa diffusion est vivement encouragée.

A noter que « Ordre martiniste » signifie tout Ordre dit martiniste, quelle que soit sa qualification subsidiaire.

INTRODUCTION

Tout au long du siècle passé, l'histoire de l'Ordre et des Ordres martinistes demeura riche et mouvementée. Si l'Ordre fondé par Papus se ramifia en de nombreuses branches, cette arborescence fut le fruit du principe même de l'initiation martiniste, initiation libre, en lignée, d'individu à individu.

Les cercles, groupes, loges et ordres martinistes furent tout au long du siècle passé des creusets qui permirent aux courants illuministes, occultistes et hermétistes de perdurer ou de s'épanouir. La liberté, la tolérance, l'esprit de recherche qui dominèrent, malgré quelques inévitables vicissitudes, le mouvement martiniste, permirent à de nombreux questeurs de se retrouver, indépendamment de leurs chemins particuliers, dans un véritable compagnonnage sous l'égide du Philosophe Inconnu.

L'Ordre Martiniste sut aussi accueillir en son sein d'autres courants pour les préserver et les aider à connaître un nouveau développement.

Aujourd'hui, afin que cet état d'esprit demeure, pour que ce qui est vivant ne devienne pas figé, sont inscrits dans cette Charte pour le XXIème siècle des Ordres Martinistes, les principes simples qui ont contribué au rayonnement du Martinisme depuis Papus.

L'adoption de cette Charte est libre, elle ne confère aucuns droits, seulement les devoirs qui découlent de l'éthique. Nul n'aura à en rendre compte, si ce n'est à soi-même et à la Providence.

 

I - SELON SAINT-MARTIN

1

« Ma secte, c'est la Providence, mes prosélytes, c'est moi ; mon culte, c'est la justice. »

« ... je suis étonné que vous m'ayez jugé assez infatué de mon faible mérite pour que j'aie pu donner mon nom à mon ancienne école ou à aucune autre. Les établissements servent quelquefois à mitiger les maux de l'homme, plus souvent à les augmenter, jamais à les guérir. »

« La seule initiation que je cherche de toute l'ardeur de mon âme est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble, qui nous rend l'ami, le frère et l'époux de notre divin réparateur. Il n'y a d'autre mystère pour arriver à cette sainte initiation que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à sentir la vivante et vivifiante racine, parce qu'alors tous les fruits que nous devions porter selon notre espèce se produisent naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu'ils sont adhérents à leur racine particulière et qu'ils ne cessent pas d'en pomper les sucs. »

2

Louis-Claude de Saint-Martin dévoua une grande part de sa vie aux ordres initiatiques qu'il fréquenta, il n'en fonda aucun et garda une juste réserve envers tous. Par son œuvre, il initia un courant de pensée illuministe chrétien majeur et invita à s'assembler en fraternité d'esprit. A l'article de la mort, Louis-Claude de Saint-Martin « exhorta tous ceux qui l'entouraient à mettre leur confiance dans la Providence, et à vivre entre eux en frères, dans les sentiments évangéliques. »

II - SELON PAPUS

1

Papus a fondé l'Ordre martiniste en plusieurs étapes :

  • 1884-1885 : premières initiations.
  • 1887 : première loge.
  • 1887-1890 : établissement de l'Ordre martiniste, rédaction des statuts et cahiers d'instruction.
  • 1891 : constitution du premier Suprême Conseil.

2

L'initiation de 1882 à laquelle fait référence Papus et celle qu'Augustin Chaboseau situe en ce qui le concerne en 1886, initiations qu'ils se sont transmis respectivement en 1888, restent incertaines dans leur nature et quant aux circonstances. Elles revêtent une forme différente et guère rituelle. C'est l'initiation de Papus, non de Papus-Chaboseau, qui constitue depuis la fondation de l'Ordre martiniste, l'initiation « martiniste ».

III - SELON L'ORDRE

1

Papus a conçu et défini l'Ordre martiniste à la fois comme un ordre initiatique et une école de chevalerie morale et d'occultisme chrétien.

Le christianisme de l'Ordre martiniste est marqué par la doctrine de la Réintégration universelle de Martinès de Pasqually comme par la voie cardiaque de transmutation interne de Saint-Martin et l'occultisme est « l'ensemble des doctrines et des pratiques fondées sur la théorie selon laquelle tout objet appartient à un ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non-temporels, et non-spatiaux », théorie dite des correspondances.

2

Papus et les Compagnons de la Hiérophanie furent animés par l'esprit de recherche, la spéculation non dogmatique trouvant ses fondements comme ses aboutissements dans l'opératif.

3

Fidèle à son titre, l'Ordre martiniste s'attache principalement à étudier et à appliquer l'enseignement original de Louis-Claude de Saint-Martin et à comprendre l'influence de son premier maître, Martinès de Pasqually et de Jacob Böhme, sur sa doctrine.

a.   Première conséquence : l'Ordre martiniste est attaché à la simplicité des formes rituelles, dont l'Ordre martiniste primitif donne l'exemple.

b.   Deuxième conséquence : La fraternité et le compagnonnage sont au cœur de l'expérience martiniste : « Ne vous faîtes point appeler Maître. Car vous n'avez qu'un seul Maître ; et vous êtes tous frères ».

c.   Troisième conséquence. Un Ordre martiniste est indépendant de toute Eglise comme de tout autre ordre initiatique ; les membres restent libres d'établir toutes appartenances compatibles dans l'esprit. Des équivalences entre les grades de l'Ordre martiniste et ceux d'autres ordres initiatiques ont existé. Elles sont dépourvues de sens initiatique.

d.   Quatrième conséquence. L'Ordre martiniste invite ses membres à s'engager sur le chemin de la Réintégration. Cela sous-entend qu'il les prépare à se libérer de toute forme d'aliénation y compris de l'appartenance à tout ordre initiatique dont l'Ordre martiniste.

IV - DE LA FRATERNITE

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Après la mort de Papus, l'Ordre martiniste se ramifia et le processus ne s'est pas interrompu. Toute controverse entre Ordres Martinistes portant sur la préséance de l'un par rapport aux autres est inconvenante, sous réserve que tout ordre qualifié de martiniste souscrive aux principes généraux énoncés ci-dessus. Entre les Ordres Martinistes comme entre les membres de chaque ordre martiniste, la fraternité fait la règle, et la concurrence n'est admissible que sous le rapport de la vertu.

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Tous les Ordres martinistes dispensant la même initiation, un membre de tout Ordre martiniste peut et doit être reçu en visiteur dans une réunion conduite sous les auspices d'un autre Ordre martiniste.