SOURCES JEAN-PASCAL RUGGIU

 

La Sociétés des Fratres Lucis avait été créée en 1873 par le Major F.G. Irwin (1823-1898), un franc-maçon très actif qui tentait comme Yarker et MacKenzie de faire revivre un certain nombre d'ordres maçonniques mis en sommeil ou d'introduire des rites étrangers en Angleterre. Irwin était également un membre du collège de Bristol de la S.R.I.A. Irwin prétendait qu'il était entré en contact avec les Frères de la Lumière lors d'un voyage en France, à Paris en 1859 (probablement par l'intermédiaire d'Eliphas Levi).

Le nom de Fratres Lucis était également un des noms sous lequel la Fraternité des Frères Initiés d'Asie était aussi connue. Cette fraternité allemande avait été créée vers 178O par le baron Ecken von Eckoffen qui était aussi membre de la Société de la Rose+Croix ; son Grand-Maître était le duc Charles de Hesse Cassel dont la famille avait joué un grand rôle au XVIIe siècle dans la genèse du mouvement rosicrucien. Le fameux comte de Saint-Germain était également affilié des Frères Initiés d'Asie, dont il était peut-être le véritable chef secret. Les Frères Initiés d'Asie ou Fratres Lucis avaient la particularité, extraordinaire à cette époque, d'admettre parmi eux des juifs qabalistes appartenant à l'école de Sabbathai Zévi.

Josef Hirschfeld était le maître en Qabale de Franz Joseph Molitor, conseiller du duc Charles de Hesse-Cassel. Hirschfeld était en contact avec les cercles maçonniques de Strasbourg et particulièrement avec ceux du Rite Ecossais Rectifié, il rencontra également Louis-Claude de Saint-Martin, traducteur des œuvres de Jacob Boehme qui écrivit notamment Aufgehenden Morgenröte (l'Aurore Naissante). Jacob Boehme avait été Imperator de la Fraternité de la Rose-Croix comme le prouve d'ailleurs une certaine figure symbolique se trouvant dans ses œuvres, insigne secret de la fonction d'Imperator.

La plupart des historiens croient que la Fraternité des Frères Initiés d'Asie fiut démantelée à la fin du XVIIIe siècle, mais je détiens la preuve que nombre de ses membres juifs se réfugièrent en 1807 au sein d'une Loge maçonnique de Francfort-sur-Main portant curieusement le titre distinctif de l'Aurore Naissante et dont Hirschfeld et Molitor firent partie. Cette Loge, constituée pour moitié de juifs et de chrétiens, fut rejetée par l'ensemble de la maçonnerie allemande. Elle se mit alors sous la protection du Grand Orient de France lors de la conquête napoléonienne, puis après la chute de l'Empereur, sous celle de la Grande Loge Unie d'Angleterre en 1817. Le duc de Sussex alors Grand Maître de la Grande Loge Unie d'Angleterre, prit la Loge de l'Aurore Naissante de Francfort-sur-Main sous sa protection personnelle, ce qui provoque la rupture entre la maçonnerie anglaise et la maçonnerie allemande. L'Aurore Naissante restera sous la protection de la Grande Loge Unie d'Angleterre jusqu'en 1873.

Selon le Dr Westcott, « Lord Bulwer Lytton aurait été initié dans la très ancienne loge rosicrucienne de Francfort-sur-Main qui entra en sommeil vers 1850 ».

Les rites pratiqués par la Loge de l'Aurore Naissante étaient d'inspiration rosicrucienne, sous couvert maçonnique, puisque le Grand Orient de France s'étonnait dans une correspondance que cette Loge juive ait insisté pour pratiquer le XVIIIe de Rose-Croix du R.E.A.A., grade possédant une forte symbolique chrétienne. Le caractère spécifiquement hermétique de la Loge de l'Aurore Naissante explique le fait, incompréhensible autrement, que cette Loge refusait de recevoir des visiteurs appartenant à d'autres Loges maçonniques juives : évidemment ceux-ci n'étaient pas initiés à la doctrine secrète !

Lorsque la Loge l'Aurore Naissante passa sous la protection du duc de Sussex, et selon Georges Hamill, les frères de cette Loge pratiquèrent le rite de Schröeder qui avait fondé un ordre de la Rose-Croix Rectifiée ; or ce rite est de nature éminemment hermétique et plein de références à la Magie, à l'Astrologie et à l'Alchimie.

Dès 1817 les frères chrétiens de l'Aurore Naissante avaient fait sécession pour des motifs plus politiques que religieux, et avaient créés une Loge : Charles à la Lumière Naissante (Carl zum aufgehenden Licht) qui pratiquait le R.E.R. Selon l'hypothèse de Galtier Lord Bulwer Lytton aurait pu y être initié comme C.B.C.S. et même comme Grand Profès, durant le voyage qu'il effectua en Allemagne entre 1841 et 1843 (dates qui coïncide avec la publication de son fameux roman Zanoni).

Selon Findel (Histoire de la Franc-Maçonnerie, 1866) dans la Loge Charles à la Lumière Naissante, « on y enseignait dans les hauts grades la métempsycoses et l'on y désignait le commerce intime avec les esprits, avec le Christ et Dieu, comme étant le but de la Franc-Maçonnerie. Dans une circulaire de 1821, cette Loge alla jusqu'à affirmer que la mystique et la magie en était le seul vrai but ». Certains de ses adeptes, comme Johan Friedrich von Meyer, principal animateur et fondateur de cette Loge, y pratiquaient même l'alchimie opérative. Von Meyer était théologien, égyptologue et Grand Profès, il était issu d'une famille de juifs convertis au christianisme. Von Meyer s'intéressait à la Qabale, ainsi que Franz Josef Molitor, un membre influent de la Loge de la Lumière Naissante qui resta en contact avec son maître en Qabale Josef Hirschfeld, qui essaya jusqu'à sa mort en 1820 de réveiller l'Ordre des Frères Initiés d'Asie.

Nous retrouvons la plupart des enseignements qabalistiques des Frères Initiés d'Asie (et notamment ceux ayant trait au symbolisme qabalistique du temple maçonnique) au sein de la Golden Dawn, et ceci presque mot pour mot.

Avec le décès de Friedrich von Meyer, survenu en 1849, et la disparition de la plupart des autres adeptes, la Loge Charles à la Lumière Naissante perdit son caractère hermétique ou disparut purement et simplement. Cette date, 1849, coïncide avec l'affirmation de Westcott à propos de la « mise en sommeil de la Loge rosicrucienne de Francfort-sur-Main ».

C'est en 1873 que Lord Bulwer Lytton mourut et qu'Irwin fonda la fraternité des Fratres Lucis en Angleterre. Eliphas Levi aurait été un des membres des Fratres Lucis continentaux selon Kenneth MacKenzie (Royal Masonic Cyclopedia)

L'Ordre du Swastika

Le Swastika était aussi un symbole des Frères Initiés d'Asie qui voyaient en lui le glyphe de la Séphirah Kether, à laquelle correspond l'ordre angélique des Rashith-ha-Gilgalim (« les roues tournoyantes »). Les Frères Initiés d'Asie mettaient en effet le symbole du swastika en relation avec la doctrine de la « rotation des âmes ».


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