Extrait de "Rituel Martiniste Opératif et Général", paru dans la revue L’Initiation, n°1, 1962.

 

Il s’agit bien là d’un Nom Divin fort ancien, bien connu des Kabbalistes surtout chrétiens, aussi bien que des docteurs de l’Eglise primitive. On le nomme parfois le « Nom PENTAGRAMME ».

Saint Jérôme, en son « Interprétation mystique de l’alphabet », fait du shin (w)hébraïque le symbole de la Parole, du Verbe Vivifiant. Elle était déjà, pour les kabbalistes hébreux, l’une des trois lettres-mères, avec aleph et le mem (m a), et signifiait le Feu.

Nous verrons plus tard Papus, en son livre « Martinisme et Franc-Maçonnerie », page 98 (Paris 1899), nous dire que cette lettre shin (w), renversée dans l’Etoile Flamboyante (le Pentagramme), pointe en haut, montre à l’initié rosicrucien l’Incarnation du Verbe Divin dans la Nature Humaine.

Et le docteur R. Allendy, en son ouvrage « Le Symbolisme des Nombres », (Paris 1948), ajoute ceci à ces paroles de Papus :

« L’adjonction du shin au Tétragramme sacré marque le passage du Quaternaire au Quinaire pour la production de la Créature vivante. Jésus, le Verbe fait chair, représente kabbalistiquement toute Créature, et en particulier l’Homme, puisque celui-ci est la plus évoluée des Créatures… ».

Etant donné que, selon la tradition chrétienne générale, la Nature entière est déchue avec Adam, par la faute de celui-ci, on comprend comment en effet la même Nature peut remonter avec l’Homme dès le rachat de celui-ci par le Verbe.

Henri-Cornelius Agrippa, en sa « Philosophie Occulte » (Cologne 1533), au chapitre VII du second livre de ce célèbre ouvrage, nous dit que :

« Dans le temps de la Loi, le Nom Ineffable de Dieu était de quatre lettres : iod-hé-vaw-hé, en place duquel les Hébreux, par respect, lisaient simplement Adonaï (Seigneur), soit aleph, daleth, noun-iod (ynda). Dans le temps de la grâce, le Nom de Dieu est la Pentagramme effable iod-hé-shin-vaw-hé (hvwhy), lequel par un Mystère qui n’est pas le moins grand, s’invoque aussi en un Nom de trois lettres : iod-shin-vaw... »

Observons, en passant, que le Nom de Cinq Lettres est Ieshouah, et celui de trois lettres Ishouh.

Et dans son tableau récapitulatif de l’Echelle du Quinaire, le célèbre occultiste nous montre que Ieshouah est synonyme d’Elohim, aleph-lamed-hé-iod-mem (Myhla), et aussi de Elion, haïn-lamed-iod-vaw-noun (Nvyli), ces deux Noms Divins ayant trait au Monde Archétype.

Peu après Agripa, Henri Kunrath fera figurer le Nom Divin de Cinq Lettres, Ieshouah, au centre de la cinquième planche de son célèbre ouvrage, « L’Amphithéâtre de l’Eternelle Sapience » (Hanau 1609), représentant le Christ en Croix, et sur la douzième et dernière planche, représentant le Pantacle dit de Kunrath.

 Louis-Claude de Saint-Martin précise sa pensée sur ce Nom, en sa « Correspondance » citée par Papus :

« Lorsque le Christ est venu, il a rendu encore la prononciation de ce mot (Tétragramme), plus centrale ou plus intérieure, puisque le Grand Nom que ces quatre lettres exprimaient, est l’explosion quaternaire, ou le signal crucial de toute vie. Au lieu que Jésus Christ, en apportant d’en haut le shin des hébreux ou la lettre S, a joint le Saint Ternaire lui-même au Grand Nom Quaternaire dont trois est le principe… Sans doute, il y a une grande vertu attachée à cette prononciation véritable, tant centrale (intérieure), qu’orale, de ce Grand Nom et de celui de Jésus-Christ, qui en est comme la Fleur. La vibration de notre Air élémentaire est une chose bien secondaire dans l’Opération par laquelle ces Noms rendent sensible ce qui ne l’était pas. Leur vertu est de faire aujourd’hui, et à tout moment, ce qu’ils ont fait au Commencement de toutes choses, pour leur donner origine. Et comme ils ont produit toutes choses avant que cet Air n’existât, sans doute qu’ils sont encore au dessus de l’Air quand ils en remplissent les mêmes fonctions… ».

(Cf. Papus : « Louis-Claude de Saint-Martin », pages 239 et 240, Paris 1902.)

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On le voit, tous les grands noms de la Kabbale, aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, connurent la profonde valeur du Nom Pentagrammatique. Sédir cite en son « Histoire et doctrine des Rose-Croix » (paris 1932), à la page 282, un disciple des Rose-Croix, Wilhem Menens d’Anvers, lequel « parle en son Aureum Vellus de la grande force qui est cachée dans le Nom I.H.S.V.H., … ». soit iod-hé-shin-vaw-hé évidemment.

 

On observera que Ieshouah, (Jésus en Hébreu), à la même prononciation phonétique que Ieshouah, (Josué, en hébreu), bien que ce dernier nom s’écrive iod-shin-vaw-haïn (ivwy). En outre, un mot identique mais s’écrivant iod-shin-vaw-haïn-hé, signifie en hébreu secours, délivrance, salut, victoire. (Ecode : XIV, 13 ; Job : XXX, 15 ; Samuel : XIV, 45 ; Isaïe : XXVI, 1).

Tout ceci montre bien que tous les kabbalistes chrétiens ont connu et utilisé le profond Mystère inclus en ce Nom Divin : Ieshouah. C’est à ce titre que le Martinisme de Tradition en a fait sa mystérieuse « Parole », à ce titre qu’il marque la Prière Martiniste d’un caractère réellement ésotérique, et d’une potentialité ineffaçable.

Il nous suffit donc de savoir que des kabbalistes de la valeur de Pic de la Mirandole et Reuchlin ont travaillé sur le Mystère du Nom Pentagramme, pour n’attacher aucune importance aux critiques malveillantes et intéressées. Il nous suffit de retrouver parmi ces étudiants du mystère des Noms Divins, un nom comme celui du Père Athanase Kircher, en son « Œdipus Ægyptiacus », (Rome 1653), ou celui d’Archangelo de Borgonovo, pour estimer que les Martinistes de Tradition se trouvent en très bonne compagnie en leur utilisation du Nom Divin « Ieshouah ».

Comme l’Ange Conducteur sépare les Israélites des Egyptiens lors du passage symbolique de la Mer Rouge, le shin sépare deux à deux les quatre lettres du Tétragramme Initial, exprimant le Dieu Vivant, le Dieu du Monde, le Dieu Manifesté. Et les deux valeurs numérales ainsi obtenues sont fort significatives.

« Je suis le Pain, Je suis la Vie…

« Je suis venu mettre le Feu au sein des choses… »

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Enfin, il est incontestable que ce Nom Divin est à même d’unir la totalité des Martinistes dispersés de pa le monde, quelles que soient leur religion ou leurs croyances philosophiques. Et comme tel il est donc un facteur d’unité.

L’Islam révère comme prophète « sidna Issa », le « Seigneur Jésus ». Et le Coran nous dit que :

« Il n’est que deux êtres que l’aile de Shitane (Satan) n’a point touché : Jésus et sa Mère ».

Et que de ceci :

« L’Ange dit à Marie : Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera Jésus ; le Messie, fils de Marie, grand en ce monde et dans l’autre et le Confident du Très-Haut… » (Coran, IV, 40).

« Dieu dit à Jésus : je t’enverrai la Mort, et je t’élèverai à Moi. Tu seras séparé des infidèles. Et ceux qui t’auront suivi seront élevés au dessus d’eux (les infidèles), jusqu’au jour du jugement » (Coran, IV, 48).

L’Hindouisme moderne, en son « Ordre de Ramakrishna », connaît la méditation sur le « Seigneur Jésus ». (Voir, du Swami Sivananda Sarasvati : « Pratique de la Méditation », Paris 1954). Et cela au même titre que celle sur Krishna ou Shiva.

Le Bouddhisme peut y voir l’avatar d’un de ses bodhisattvas, très probablement d’Avalokitëçvara, celui de la Miséricorde.

Outre cet aspect, la Théosophie y voit le Logos de notre système solaire.

Enfin, les kabbalistes y voient évidemment un des Noms du Messiah, le Messie.

Il n’est guère que le Magisme rationaliste, voire athée, qui ignore (volontairement sans doute), la toute-puissance du Nom du Réparateur, comme le nomme la tradition martiniste du dix-huitième siècle. Mais n’oublions pas que ce courant rassemble fréquemment des éléments lucifériens de l’Occulte. Et ceci justifie cela.

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