Ce texte de Maharba pourrait sembler être étrange au propos de notre site. Il répond en fait à une notion importante que feu Aurifer avait mis en exergue au sein de la structure initiatique qu'il proposait.

 Il n'en reste pas moins que la Profession et la Grande Profession, "grades" ultimes du R.E.R. (Régime Ecossais Rectifié), ont fait couler beaucoup d'encre. De très nombreuses légendes, rumeurs courent sur ces deux grades, à tel point qu'en 1969 il a été demandé à Maharba de publier une "mise au point".

 Ce texte a été publié dans la revue Le Symbolisme n°391, d'octobre - décembre 1969 sous le titre de : "A propos du Régime Ecossais Rectifié et de la Grande Profession".

Bonne lecture...

 

A propos du Régime Ecossais Rectifié

et de

la Grande Profession


 Le Rite Ecossais Rectifié est à l’ordre du jour, pour le meilleur et pour le pire.
 Ses chefs n’en peuvent mais, et ses membres constatent, surpris, prêts à assumer et inquiets de savoir comment.
 C’est l’aspiration de la société tant maçonnique que profane, qui rehausse aujourd’hui la valeur initiatique du R.E.R.
 Nul ne le conteste, même si certains s’en fâchent : cette valeur est grande et justifie un premier rôle.
Mais la nature et la vocation du R.E.R. partagent les exégètes dans la qualification, et ses adeptes les éprouvent en des expériences très diverses.
 D’où la nécessité de fixer le sens actuel du R.E.R. traditionnel, pour répondre à l’attente et aux serments.
Il faut établir l’inventaire du dépôt transmis aux Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Les textes s’offrent à cette fin, statuts, règlements, rituels, catéchismes, instructions, correspondances, qui sont nombreux, sûrs et admirables.
 Mais un serviteur fidèle n’enfouit pas son talent. Le même désir qui éleva les monuments littéraires du R.E.R. doit l’animer encore. Il exige que le dépôt soit sans cesse exploité ; il en précise le bon usage.
 Puis la franc-maçonnerie, dont le R.E.R brûle d’être un fleuron, subordonne le parler au faire ; subsidiairement l’écrit à l’oral, et le profane – s’agit-il de lecteurs ou d’auditeurs – au sacré. N’empêche que des exposés publics secondent parfois de malhabiles quêtes et d’autres fois préviennent un sacrilège, désamorcent une manœuvre.
 Quand s’y croire autorisés, ou y autoriser ? Et quoi révéler de quelles vérités secourables aux hommes de désir ? Voilà, les questions que les temps posent et dont la mise au point, par ces temps s’impose. Si Dieu veut, elle ne tardera pas.

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 Voici, en primeur et d’urgence, cernée une question particulière : la Grande Profession du R.E.R.
Des études imprimées, des rumeurs ont excité la curiosité et causé une controverse. Des légendes y ont saisi prétexte à naître ou à renaître.
Or, les faits sont patents ; ils composent l’histoire et manifestent la doctrine des Grands Profès. Rappelons-les.

1)  La Grande Profession, en même temps que la Profession, des Collèges métropolitains a été instituée lorsque fut créé l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, au Convent national des Gaules tenu à Lyon en 1778.
 Au Convent de Wilhelmsbad, elle cessa d’exister officiellement. Un demi-siècle suffit à l’abolir, en fait, à quelques exceptions près qui étaient individuelles.
 Aussi, le 29 mai 1830, Joseph-Antoine Pont, Eques a Ponte alto, et dans ses propres termes, « Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la IIe province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon » ; constatant « l’inaction et la suspension indéfinie des travaux du dit Collège métropolitain » ; considérant qu’il se trouve être « le seul grand dignitaire de l’Ordre subsistant du dit Collège et qu’il est aussi important qu’urgent de pourvoir à l’érection d’un Collège » vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et Règlements de l’Ordre des Grands Profès qui prévoient un tel cas et parent au danger d’extinction ; accorde une charte pour la constitution du Collège et Chapitre Provincial des Grands Profès a Genève.
 La Suisse, où le R.E.R. et l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte continueront de s’abriter jusqu’à nos jours, devenait aussi le conservatoire de la Grande Profession.

2)  La Grande Profession ne peut être confondue avec un grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque  et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu’elle surplombe.
 Un but lui est assigné : veiller à l’intégrité et favoriser la culture du dépôt inhérent au Saint Ordre primitif, qui existe depuis toujours et que l’Ordre des C.B.C.S., issu d’une double tradition maçonnique et chevaleresque, incarne à présent. Car les quatre grades symboliques du R.E.R. (apprenti, compagnon, maître, maître de Saint-André) et les deux degrés de l’Ordre intérieur (Ecuyer novice et C.B.C.S.) visent à former et à employer des dépositaires de confiance, chacun selon le rang et l’ouverture dont il jouit. Le Grand Profès est un dépositaire de toute confiance.

3)  La Grande Profession du R.E.R., classe suprême de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, est l’acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l’ancienne et primitive maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l’explication finale des emblèmes, symboles et allégories maçonniques.
 On n’entre point dans cette classe par quelque initiation cérémonielle ni par quelque nouvelle décoration. La simplicité vers quoi tend le système entier de l’Ordre des C.B.C.S. y culmine dans la pure spiritualité.
La Grande Profession enchâsse l’arcane de la Franc-Maçonnerie et y participe, quoi qu’elle ne soit point d’essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c’est ainsi qu’elle forme, de soi, une classe secrète.

4) Les Grands Profès, selon leurs lois, ne dissimulent pas davantage qu’ils n’exhibent leur qualité. Mais une classe ou d’ailleurs un Ordre, dont la spiritualité – mieux : l’esprit fait le fond, saurait-il se vulgariser sans déchoir et sans perdre son honneur avec son mode et sa raison d’être ?
 Les Grands Profès refusent, statutairement, les candidatures, et ils se cooptent à l’unanimité obligatoire. Des « Supérieurs Inconnus », au sens quasi mythologique du titre, l’incognito leur manque, puisqu’ils sont tous C.B.C.S. connus.

5)  Des mêmes « Supérieurs Inconnus », il manque encore aux G.P. le genre de supériorité que ce titre implique. Leurs statuts et règlements excluent l’intervention dans la machinerie administrative de l’Ordre pyramidal dont ils sont la pierre à pointe, imperceptible par beaucoup.

6)  De droit et de devoir, et éminemment, incombent aux G.P. les tâches que le soin de l’Ordre requiert avec modération de tous les Maçons Ecossais Rectifiés et de tous les C.B.C.S., Veilleurs et Gardiens, ils spéculent aussi, poussant aux recherches et aux réflexions sur le dépôt dont ils encouragent les partisans.
 Cette action des Grands Profès, quelle variété dans ses aspects contingents !
Mais jamais le Grand Architecte de l’Univers ne l’a laissé s’interrompre. Et il n’est pas de cas où elle se soit exercée - comment l’aurait-elle pu ? comment le pourrait-elle sans se renier ? - d’autre façon qu’en esprit et en vérité, pour le meilleur du R.E.R. et de l’Ordre des C.B.C.S. ; pour le bien de la Franc-Maçonnerie ; à l’aide des hommes qui, partout, prient, souvent à leur propre insu, pour que luise le soleil de justice, source unique de lumière et de chaleur, où le Seigneur a dressé sa tente et dont souffle Son Esprit.


willermoz