Le martinisme est aujourd’hui ce que l’on appelle un Ordre initiatique et ésotérique. Cela signifie que les réunions ne sont accessibles qu’à ceux qui ont été initiés à ses rites. La structure initiatique pourrait extérieurement être rapprochée de celle de la Franc-maçonnerie. Nous savons qu’il existe plusieurs façons de transmettre des connaissances, par écrit, par oral, etc. L’initiation a pour objectif de transmettre une connaissance à l’aide de rites composés de symboles, de mots et de gestes touchant l’inconscient et amorçant une transformation que l’initié se devra de poursuivre. Touchant les émotions, la psyché profonde, l’initiation transforme et transmet réellement un contenu occulte que l’initié mettra parfois un certain temps à découvrir. C’est une graine qui est semée et qui germe si elle tombe dans une bonne terre bien entretenue. Une telle transmission ne pourrait se faire par le simple intellect, car elle s’adresserait alors à une faculté qui ne correspond pas à la dimension du psychisme rattaché au sacré. D’une manière implicite l’initiation nous dit que l’inconscient, l’imaginaire auquel s’adressent les rites n’est rien d’autre que le sentiment du sacré.

  Il est alors facile de comprendre que de tels rites initiatiques ont existé et existent depuis des millénaires. Ils furent utilisés dans les différentes religions, cultures pour transmettre des connaissances secrètes et sacrées. L’on peut donc parler d’initiation taoïste, bouddhiste, Rose-Croix, maçonnique ou martiniste. Nous pensons qu’aucune n’est supérieure à l’autre, si chacune a pour ambition de parfaire l’être et de conduire à la découverte du sacré.

  Les différences résident dans le mythe qui sert de support à cet éveil et bien évidemment dans les rites et leurs structures. Une importante littérature a popularisé le mythe maçonnique d’Hiram. Sans entrer dans les détails de cette tradition, nous voyons bien que l’objectif consiste à apprendre à se connaître, à se parfaire, à faire mourir le vieil homme pour renaître à un monde nouveau. Il n’existe toutefois pas dans la franc-maçonnerie française d’idéologie religieuse particulière. Le soin est laissé à chacun des frères ou sœurs d’exprimer le sacré qu’ils découvrent en eux de la façon qu’ils le souhaitent.

  Il n’en est pas de même dans le martinisme où le mythe servant de base aux rites est beaucoup plus près des évangiles et de la Bible. De la même manière que pour le martinézisme, le mythe de la chute de l’homme, de la prévarication des esprits rebelles est centrale. Le monde est déchu et l’homme doit se réconcilier avec le créateur pour pouvoir réintégrer le plan divin. Il importe peu de développer les détails de la doctrine. Il suffit de savoir que nous devons par nos efforts individuels nous racheter et retrouver le chemin du créateur.

  Les rites initiatiques martinistes vont nous conduire à prendre conscience de cet état de fait et de nous en donner les moyens, qu’ils soient théurgiques dans le cas de Martinès ou mystiques dans le cas de Saint-Martin.

Jean-Louis de Biasi, Les Martinismes, Serviteurs Inconnus, SEPP