Dans le cadre d'une approche général du Martinisme nous vous présentons un texte intéressant de Gustave-Lambert Brahy. Il nous livre sa vision du Martinisme. Cet éclairage particulier et propre à sa démarche personnelle ne peut que nous apporter de nouvelles lumières sur le Martinisme.

 Gustave-Lambert Brahy, expert-comptable de formation, fut un astrologue et occultiste belge. Né le 1er février 1894 à Liège, il mourut le 21 mai 1989 à Bruxelles. Il s'intéressa tout spécialement à l'astrologie boursière, domaine dans lequel il fut un précurseur.

 En 1927, Brahy fit la rencontre du Vicomte Charles de Herbais de Thun, qui apporta une aide financière considérable à sa revue et plus tard l'initia à l'une des branches du Martinisme belge, fondé par Augustin Chaboseau. Avec deux autres Martinistes, Emile Dantine et Emile Ehlers, qui tenait une librairie occultiste, Brahy fonda la F.U.D.O.S.I. (Fédération Universelle Des Ordres et Sociétés Initiatiques).

 En 1931 Brahy fonda le centre rosicrucien de Bruxelles, où il commença à donner un cours oral d'astrologie.

 Brahy vécut discrètement le reste de ses jours et, dans l'espoir de restaurer l'esprit originel de la F.U.D.O.S.I., il reprit son travail pour le Martinisme. Il rejoignit l'Ordre Martiniste ressuscité par Philippe Encausse, le fils de Papus, et sous son égide il fonda en 1968 l'Ordre Martiniste de Belgique, dont il fut le Grand Maître jusqu'à sa mort en 1989.
Sources Wikipédia.

 

LE MARTINISME

Par Gustav Lambert Brahy

 

 Sous cette appellation, on désigne plusieurs courants de pensée philosophique qu'il importe de ne pas confondre.

 A l'origine, nous trouvons Martinez de Pasqually dont Gérard de Nerval dans son livre "Les Illuminés" dit qu'il renouvelait simplement l'institution des rites cabalistiques du XIème siècle, dernier écho de la formule des gnostiques, où quelque chose de la métaphysique juive se mêle aux théories obscures des philosophes alexandrins.

 On a beaucoup discuté, et on discute encore, des doctrines de Martines de Pasqually; on sait surtout qu'il s'agissait d'une sorte de théurgie, de science des évocations, donnant lieu à des manifestations ou révélations métapsychiques auxquelles les partisans de Martinès semblaient attacher un grand prix et une réelle valeur de directives spirituelles. Martines était Maçon et avait créé en France quantité de Loges selon son rite (Loges qu'on appelait Loges Martinistes), mais à aucun de ses disciples il ne révéla complètement sa science personnelle; c'est ce qui rend si difficile la connaissance exacte de son enseignement. Joseph de Maistre, dans ses "Soirées de St Pétersbourg" est d'avis qu'il s'agissait d'une sorte de christianisme transcendantal, de doctrine originale des premiers initiés chrétiens, impliquant une sorte de commerce avec des esprits supérieurs, grâce auquel il était possible d'avoir accès à des révélations de rare qualité. Les rites particuliers à cet enseignement étalent pratiqués par des adeptes désignés sous le nom d'"Elus Cohen".

 C'est à travers la personnalité de Martinès de Pasqually qu'apparaît celle de Louis Claude de Saint Martin, qui naquit à Amboise, en Touraine, le 18 janvier 1743. De santé médiocre, plus porté à la méditation qu'à la vie pratique, il fit d'abord des études de droit, mais perdit pied dans le maquis le la procédure et quitta bientôt cette carrière pour adopter celles des armes. On pourrait s'étonner de ce choix, qui ne semble guère correspondre à sa nature fragile; mais le brevet d'officier au régiment de Foix, qu'il reçut grâce au Duc de Choiseul, lut laissait des loisirs qui lui permettaient de cultiver son goût de la philosophie et ses aspirations spiritualistes.

 On peut même voir dans cette option soudaine pour le métier des armes un de ces chemins détournés que choisit souvent la Providence pour nous amener à réaliser notre destin; en effet, c'est dans son régiment que Louis Claude de Saint Martin fût amené à se lier avec un de ses officiers, Mr de Grainville, qui était membre de la confrérie secrète fondée par Martinès de Pasqually.

 Rien d'étonnant, par conséquent qu'aux environs d'octobre 1768, donc à l'âge de 25 ans, Louis-Claude de Saint Martin soit initié lui-même dans les mêmes Loges, fort probablement par le capitaine de Grainville et le Chevalier de Balzac. Il reçut d'abord les trois degrés de Cohens à la fois et puis d'autres par la suite.

 Dès lors, il entre de plein pied dans la pratique de la magie cérémonielle; il s'agissait en fait de véritables conjurations, puisque les apparitions ainsi provoquées étaient le résultat, non d'une médiumnité quelconque, toujours passive, mais d'un véritable pouvoir d'évocation. Les disciples de Martinès devaient s'efforcer d'obtenir par eux-mêmes des phénomènes analogues, ce qui constituait sans doute pour eux le signe d'une initiation véritable et valable.

 Mais Claude de Saint Martin avait décidément peu de dispositions pour la magie cérémonielle et les rites qu'elle impliquait nécessairement. "Faut-il tant de choses pour prier Dieu?" s'exclamait-il amèrement à l'adresse de son Maître.Il déplorait aussi l'intervention d'esprits violents au cours de ces cérémonies évocatoires.

 Néanmoins, de 1765 à 1771, il servit fidèlement de secrétaire à Martinès, ce qui lui permit d'entrer en relations avec Willermoz, chef de la Loge des Cohens à Lyon. En 1771, il quitta l'armée pour se consacrer à la vie contemplative et à la diffusion de la vérité. Le I7 avril 1772, il fût initié au grade de Rose-Croix.

 L'année suivante, il alla s'installer à Lyon, où il collabore étroitement avec Willermoz. En 1775, il publie son premier ouvrage "Des erreurs et de la Vérité", qui lui avait probablement été inspiré par les révélations dont il avait pu bénéficier depuis plusieurs annéese auprès de Martinès de Pasqually.

 Mais, de même que Claude de Saint Martin s'était éloigné progressivement de son Maître Martinès de Pasqually, de même, il diverge bientôt d'opinion avec 'Willermoz. Ce dernier était partisan du travail collectif, tandis que lui pend de plus en plus pour l'initiation individuelle. Peut-être sa nature passive répugne-t-elle aux complications des assemblées cérémonielles, mais il était surtout rebuté par le rigorisme des rites maçonniques auxquels Willermoz restait profondément attaché. C'est à cette époque qu'il décide de se consacrer à la diffusion de ses idées dans la belle société de l'époque.

 Peut-être, dans cette société assez superficielle, se trouve-t-il soumis à certaines tentations? Il renonça en tout cas à deux projets de mariage, pour lesquels il ne se sentait décidément pas une vocation spéciale. "Mille expériences, écrit-il, m'ont appris qu'en vain le sort tenterait de me lier à lui et que je n'étais né que pour une seule chose. Heureux, ajoute-t-il, si les circonstances n'eussent pas laissé si souvent ma faiblesse à elle-même, et ne m'eussent pas exposé par là à descendre au lieu de monter comme je n'aurais dû cesser de le faire." Sans doute Louis-Claude de Saint-Martin a-t-il connu vers cette époque l'inévitable conflit de conscience que doivent affronter tous les spiritualistes, celui qui oblige impérieusement à choisir entre ta matière et l'esprit, et qui nous fait passer par de cruelles alternatives de triomphes et de faiblesses.

 Vers 1777, Louis-Claude de Saint Martin s'installe à Paris et fréquente beaucoup la noblesse de 1'époque. Martinès de Pasqually est mort entre-temps, en 1774 à la Martinique, et son successeur, Caignet de Lester disparaît également en 1779, sans qu'on sache qui lui succédera.

 

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