La seconde partie de cette plaquette nous donne l'histoire de la filiation "russe" de l'O.M.I., telle que présentée par Robert Ambelain, Aurifer.

 

 

L'HISTOIRE ET LES FILIATIONS DU MARTINISME RUSSE (N. Novikov)

La figure dominant le Martinisme Russe est incontestablement Nicolas Novikov. Il en fut le chef et l'organisateur essentiel. Très liés au mouvement libéral, dès le début du XVIIIe siècle, les Martinistes de Novikov, qui comptaient notamment dans leurs rangs le célèbre écrivain Ivan Tourgueniev et le poète Keraskov, propagèrent la pensée initiatique de Saint-Martin, de Boehme, de Paracelse, de Swedenborg.

Mais loin de s'en tenir aux considérations mystiques purement spéculatives, leur mérite fut de mettre en pratique l'essentiel de ces enseignements.

Ils eurent une influence considérable sur Catherine II qui connaissait Nicolas Novikov, jadis membre de la Garde Impériale et acteur, à ses côtés, du coup d'état qui lui avait permis de prendre le pouvoir.

Porteurs de schémas avancés dans le domaine du Libéralisme, ils rêvèrent et commencèrent à réaliser une société plus juste.

Le nombre des Martinistes de Novikov, évalué par le Frère Tieman à près de 3 000 en 1786, bénéficia de la protection impériale jusqu'à la Révolution Française dont la secousse provoqua, en Europe, un réflexe d'hostilité à l'égard des sociétés secrètes accusées d'organiser en sous-main, l'effondrement des Monarchies Européennes. Catherine II retira sa confiance à Novikov ; Maçonnerie et Martinisme furent interdits.

Commencés en 1791, les procès intentés contre le Martinisme aboutirent à des emprisonnements, des relégations, des déportations...Nicolas Novikov fut, en 1792, condamné à mort, peine commuée en 15 ans de détention en la forteresse de Schlisselburg ; il sera libéré, ainsi que tous ceux qui furent emprisonnés avec lui, grâce à l'Empereur Paul Ier, successeur de Catherine II.

Il va sans dire que ce grave retournement de situation désorganisa totalement et provoqua la mise en sommeil du Martiniste qui disposait pour développer son action d'une revue, d'une imprimerie et de plusieurs librairies.

Après la relation de cet épisode tragique et avant de poursuivre plus avant l'histoire du Martinisme en Russie, il paraît important de revenir sur la filiation initiatique au sein de laquelle s'inscrivait Nicolas Novikov.

La question qui se pose au départ est la suivante :

Qui a initié les Maçons Russes issus de la Stricte Observance Templière aux formes rituelles du Martinisme ?

Certains ont répondu : Louis-Claude de Saint-Martin, prétextant qu'il avait été très près du jeune Prince Alexis Borosowitz Galitzine avec qui il avait voyagé et effectué un séjour, notamment en Suisse et en Italie.

Mais le Philosophe Inconnu constitua-t-il jamais un « système initiatique » structuré ? C'est peu probable. A cet égard, l'hypothèse du Rite Réformé dont il aurait eu la paternité, est encore, de nos jours, très controversée.

Louis-Claude de Saint-Martin, s'il transmit quoi que ce fût, le fit de façon très dépouillée et en un seul degré.

Les proches constituèrent vraisemblablement l'équivalent d'une société intime mais le manque de preuves sur la réalité de la transmission, dont aurait bénéficié le jeune prince Galitzine, de la part de Saint-Martin, laisse une interrogation. Or, en raison de l'importance du rôle joué par le Prince Galitzine, point de départ de l'histoire du Martinisme Russe, l'on ne peut se contenter de suppositions et d'approximations.

D'autres chercheurs ont fait de Joseph de Maistre le trait d'union manquant, au motif qu'il fut ambassadeur du Roi de Sardaigne en Russie à cette époque. Cette hypothèse ne peut être retenue. Joseph de Maistre, s'il fut Chevalier Bienfaisant de La Cité Sainte du Rite Ecossais Rectifié et Grand Profès de son Ordre Intérieur, ne fut jamais Martiniste.

La filiation Maçonnique, pas plus que la filiation Martiniste de Saint-Martin ne pouvant être valablement établies, restait la filiation Martinéziste.

Une étude du Passé Grand Maître de l'Ordre Martiniste Initiatique, Robert Ambelain ; en date du 20 septembre 1978, essaie de livrer une réponse aux chercheurs. Nous lui avons emprunté l'essentiel de ce qui suit.

L'authenticité de la filiation initiatique devait reposer sur 4 critères. Il fallait que le Frère susceptible de transmettre la filiation Martiniste aux Maçons Russes fût d'abord Maçon lui-même mais également :

  • Russe ou fixé en Russie
  • Avoir connu Saint-Martin à Londres, Paris et Rome
  • Avoir été lié au Prince Galitzine
  • Avoir été Elu-Cohen de Martinez de Pasqually.

Un nom semblerait réunir l'ensemble de ces critères. Il s'agit de Frédéric Tieman von Berend, d'origine saxonne, demeurant à Saint-Pétersbourg, Major au service de l'Armée Russe, précepteur et mentor du jeune Prince Alexis Galitzine, à travers ses voyages en Europe.

Des auteurs tels que Benjamin Fabre, Gérard von Rinjberck, René Le Forestier, Antoine Faivre, Matter livrent à l'appui de ce point de vue des éléments difficilement contestables.

Frédéric Tieman von Berend répond à ces trois critères. Particulièrement, il fut initié par Jean-Frédéric Kuhn, lequel l'avait été par Martinez de Pasqually lui-même en son temple de Bordeaux.

A la mort de son initiateur, Tieman hérita de ses documents les plus secrets : le Traité de la Réintégration et d'autres Instructions réservées aux Réaux-Croix ; ce qui prouve que Savalette de Langes, en sa lettre du 1er mai 1781 à Willermoz ignorait le degré exact de Tieman dans l'Ordre des Elus-Cohens, puisqu'il le présente comme « M.P », soit Maître Particulier, son propre degré. Or, nous savons que les degrés ordinaires des Cohen ignoraient la classe secrète des Réaux-Croix.

Quant à sa qualité de Maçon, Tieman von Berend était membre de la Stricte Observance Templière et connu sous le nom de « Eques a Cordo ».

1796 à nos jours

Catherine II meurt en 1796 ; son fils Paul 1er lui succède. Dès son accession à la charge de l'Empire, il fait libérer, le 5 décembre 1796, les Martinistes emprisonnés. Mais, assassiné par un complot de cour en 1801, il sera remplacé par Alexandre Ier qui règnera jusqu'en 1825.

La première phase libérale du règne sera à nouveau un encouragement pour la Maçonnerie russe. Puis, Alexandre 1er, d'abord ami de Bonaparte en deviendra l'ennemi implacable.

Devenu promoteur du pacte contre-révolutionnaire au sein de la Sainte Alliance, il déclenchera à la fin de sa vie, les persécutions contre les sociétés initiatiques.

Fort opportunément, les Frères Martinistes qui eurent à pâtir du revirement impérial, sous Catherine II, se défièrent des Princes et continuèrent, contrairement à la Franc-maçonnerie, à tenir leurs Assemblées le plus discrètement possible.

Bien leur en prit. Ils restèrent ainsi à l'abri des versatilités royales et ne furent plus jamais inquiétés jusqu'en 1917.

On peut penser que leur activité jusqu'à cette date, ne fut pas totalement ignorée par le pouvoir mais les Martinistes, de leur côté, préoccupés de sciences ésotériques, restèrent en dehors du domaine politique.

Parmi les Martinistes de la seconde moitié du 19e siècle, signalons Labzine (auteur en 1803 de la célèbre déclaration incitant les Martinistes à la prudence), Posdeev, Speransky (ministre et auteur du Code des Lois de l'Empire Russe), l'écrivain Alexis Tolstoï (à ne pas confondre avec Léon Tolstoï) et Arseniev.

Dans la période précédant la Révolution Russe de 1917, il y avait trois centres d'émulation du Martinisme Russe :

1 - à Moscou, la Loge « Saint-Jean l'Apôtre », conduite par le Philosophe Inconnu, Pierre Kasnatcheev, initié par Arseniev, héritier de la tradition Novikov et possédant le degré théorique des Rose-croix d'Or du XVIIIe siècle. (Il devient en 1911 le Délégué Général pour la Russie du Suprême Conseil de L'Ordre Martiniste de Paris.)

2 - à Saint-Pétersbourg, la Loge « Apollonius » dont le Philosophe Inconnu était von Mebès, auteur de « l‘Encyclopédie de l'Occultisme », publiée en 1911.
La Loge compta parmi ses membres le Sénateur Zakharov, représentant de l'Empereur Nicolas II auprès du Dalaï-Lama à Lhassa au Tibet où il reçut, semble-t-il, l'initiation lamaïque.
La Loge continua de se réunir après la Révolution, mais Grigory Ottonovitch Mebès fut déporté et son groupe dispersé.

3 - à Kiev, la Loge « Saint-André l'Apôtre », chartée par la Loge de Moscou, le 25 décembre 1912, dont le Philosophe Inconnu était Serge Marcotoune, auteur de « La Science Secrète des Initiés ». (Paris, 1928) et de « La Voie Initiatique ». (Paris, 1956).
Le 3 novembre 1912, Jean Bricaud lui adressa, au titre du Martinisme Français, une charte le nommant Délégué du Suprême Conseil pour l'Ukraine, signée de Jean Bricaud, de Teder, de Victor Blanchard et Magnet.

Le Martinisme Russe en France

Les Martinistes Russes et Ukrainiens réfugiés en France, dès 1919, se regroupèrent autour de Marcotoune et travaillèrent en liaison avec les Martinistes Français ; mais le Martinisme russe préservera toujours son indépendance, fier de sa filiation directe.

Cette structure issue de la Loge « Saint-André l'Apôtre », travailla à Paris jusqu'en 1939, clandestinement de 1939 à 1944, sous l'occupation allemande.

A l'issue de la guerre, le Frère Marcotoune parti aux Iles Canaries, le Frère Georges Terrapiano fut désigné par le Frère Marcotoune en sa lettre du 22 janvier 1970, pour représenter le Martinisme Russe en France et, finalement, prit sa succession à son décès intervenu le 15 janvier 1971.

LE MARTINISME EN FRANCE (Esquisse)

Nous n'entendons pas produire une étude complète sur le sujet, mais simplement aborder les circonstances ayant présidé à la rencontre historique des deux Ordres russes et français.

Le Martinisme en France, en dehors de l'Ordre des Chevaliers Elus-Cohen de l'Univers (cf. supra), ne survécut pas vraiment sous la forme d'organisation initiatique structurée, à la disparition de Martinez de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz.

Il faudra attendre 1888 et la personnalité hors du commun du Dr Gérard Encausse (Papus), pour retrouver une extériorisation de taille en matière initiatique.

Nous ne discuterons pas des conditions ayant présidé à la création de l'Ordre Papusien. Nous n'apporterons pas davantage d'informations retentissantes visant à combler les vides historiques.

Un fait est établi : ce sont les différents voyages effectués en Russie par Papus et le Maître Philippe de Lyon, l'existence de la Loge « La Croix et l'Etoile » dont le Philosophe Inconnu était le Grand Duc Nicolas Nicolaïevitch et dont le Tsar et la Tsarine étaient probablement membres. Cette Loge ne fut jamais reconnue comme régulière par les Martinistes Russes.

En revanche, l'information persiste selon laquelle la fréquentation de cette Loge, par le couple impérial des Romanov, fut interrompue sous la pression de Raspoutine.

Le Dr Philippe Encausse, fils de Papus qui reprit « filialement » le Martinisme Papusien, de 1960 à 1971, dans les différents ouvrages qu'il publia, apporta des informations précieuses sur cet épisode du Martinisme Français en Russie et qui ont été confirmées par les Martinistes Russes eux-mêmes.

S'agissant de la situation du Martinisme en France, la filiation « papusienne » née en 1888, déclarée en 1901, a donné de nombreux rameaux qui, du point de vue de l'initiation « virtuelle ", au sens Guénonien du terme, posent encore problème.

Convenons toutefois que cette filiation, ainsi que la structure ésotérique qui l'a accompagnée, a néanmoins été portée par une vague de fond qui a marqué largement la vie initiatique de la fin du 19e et du début du 20e siècle.

Compte tenu de son ampleur, on peut en déduire que le point d'ancrage de son égrégore n'était pas à un niveau aussi bas que d'aucun voulait le laisser croire. Il est possible que nous ne disposions pas, sur un plan strictement ésotérique, de la totalité des informations qui seraient nécessaires pour expliquer la force et la pérennité de ce mouvement.

En ce qui concerne cette chaîne initiatique, les prolongements se sont opérés, pour l'essentiel, à travers des grands maîtres tels que Teder (qui reçut l'essentiel des rituels de Blitz - USA, Bricaud, Chevillon, Dupont et plus près de nous :

L'Ordre Martiniste de Papus dont le fils de Papus, Philippe Encausse, prit la direction de 1960 à 1971. Lui succédèrent Irénée Séguret (1971-1974) et à nouveau Philippe Encausse (1975-1979) puis Emilio Lorenzo, de 1979 à nos jours.

Plus le temps avance vers le complément de son désordre, plus l'homme devra s'avancer vers son terme de lumière.
Louis Claude de Saint Martin

L'Ordre Martiniste Libre, qui quelques années plus tard, en 1983, fut crée par quelques Sœurs et Frères de l'Est de la France, désireux de fonder un nouvel Ordre, l'Ordre Martiniste Libre (O.M.L.) et qui se regroupèrent autour de Pierre Rispal.
Présent en Belgique, au Luxembourg, aux Etats Unis, et en Suisse, l'O.M.L progresse régulièrement. L'Ordre Martiniste Libre et l'Ordre Martiniste Initiatique sont liés par un traité d'Amitié.

L'Ordre Martiniste Traditionnel, longtemps rattaché à l'AMORC et dont le Grand Maître, Christian Bernard, est commun à ces deux organisations initiatiques lesquelles n'entretiennent aucun rapport avec la Maçonnerie.

L'Ordre Martiniste Synarchique, le mot Synarchique n'ayant rien à voir avec le mouvement politique suscité avant la seconde guerre mondiale et qui donna lieu à tant de spéculations, est actuellement dirigé, depuis l'Angleterre, par Louis Bentin. L'O.M.S. fut, à l'origine, fondé par Victor Blanchard, Substitut Grand Maître de l'Ordre Martiniste, qui décida de créer un mouvement différent de celui inspiré, à la mort de Teder, par le Grand Maître Bricaud.

 

SUPRÊME CONSEIL DE L'ORDRE MARTINISTE (1891)
MEMBRES

PAPUS - Augustin CHABOSEAU - Paul ADAM - Charles BARLET - Maurice BARRES - BURGET - CHAMUEL - Stanislas de GUAÏTA - LEJAY - MONTIERE - Joseph PELADAN - Paul SEDIR - Oswald WIRTH.
Maurice BARRES et Joseph PELADAN furent remplacés par : Marc HAVEN et Victor Emile MICHELET.

 

Depuis 1993, Gérard Kloppel a donné une nouvelle impulsion à cet ordre pour en adapter la haute Spiritualité aux aspirations et aux nécessités de notre temps. Il a ouvert notamment en son sein, prenant pour base l'indispensable et l'inlassable Service dû à l'Humanité, l'ensemble des Voies permettant de hautes réalisations Métaphysiques, Spirituelles et Opératives.

L'Ordre Martiniste des Chevaliers du Christ, dont le Grand Maître actuel est Armand Toussaint, et dont la filiation initiatique des Supérieurs Inconnus, Initiateurs Libres, remonte au Prince Kourakine, Diplomate en France, qui aurait transmis cette filiation à Nicolas Novikov.

L'Ordre Martiniste Initiatique, objet de cet historique, dirigé depuis le 29 Octobre 1984, au niveau mondial, par Gérard Kloppel fondateur lui-même, en 1969, du Souverain Sanctuaire des Chevaliers de Palestine.

C'est parce que l'esprit du monde n'est pas droit qu'il a besoin d'être adroit. Mais l'esprit de vérité ne se soucie pas d'être adroit.
Louis Claude de Saint Martin.

 

A Suivre